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L'ennui



L'affreuse sensation

Le monde entier est en quarantaine. Le monde s'ennuie. Partout, on voit apparaître des solutions à cette horrible sensation. Des horaires réglés à la minute près pour venir en aide aux parents, des propositions de séries, des visites virtuelles de musées, des suggestions pédagogiques pour ne pas que la perte se fasse ressentir auprès de nos jeunes. Lorsque j'étais petite, je m'ennuyais souvent. Je me rappelle de moments où j'allais voir ma mère en lui disant que je ne savais pas quoi faire. Elle me proposait des solutions. Elle me disait que lorsque je vivais cet ennui, je pouvais y pallier en étant créative. Faire du dessin, écouter de la musique, lire... Plusieurs études prouvent actuellement que l'ennui est le moteur de la créativité. J'irais même plus loin. À force de faire en sorte que le monde ne ressente jamais cet affreuse sensation, on en fait des êtres dépendants et passifs.

Je m'ennuie. Hier fut la première journée de ma propre quarantaine. C'était franchement désagréable, même paniquant. Je me suis dit que je ne pourrais jamais tenir deux semaines comme ça.
Je suis devenu un être dépendant. La télé est restée ouverte presque toute la journée, je suis allée prendre une marche toute seule, j'ai essayé de tricoter pour la millième fois, j'ai regardé Facebook au moins 30 fois, j'ai joué à deux jeux sur mon téléphone, j'ai installé des applications ...C'était vraiment ennuyant. Je n'avais pas d'inspiration pour écrire.

Ce matin, j'ai lu La Presse. 
J'ai proposé à ma fille de douze ans de nous faire un horaire réglé à la minute pour apaiser mes souffrances. Elle m'a répondu qu'elle trouvait ça trop rigide, que ça ne laissait pas de place à la spontanéité. 
Elle a tellement raison, mais j'ai un réel malaise...

C'est un dur réveil pour moi, mais un réveil nécessaire. Je suis complètement dépendante à mes appareils technologiques, à mes applications et à mes séries. Sans elles, je m'ennuie. Je ne suis pas la seule. J'ai perdu ma créativité. Je discutais avec une amie l'autre jour et puis elle a quitté mon regard, a regardé son téléphone, a appuyé sur Messenger et a lu le texto qui attirait son attention. Au restaurant, les gens ne se parlent plus, ils sont sur leur téléphone. Nous apportons des tablettes pour animer nos petits mousses partout où nous allons afin qu'ils aient un divertissement à porté de main.

C'est en étant forcé de se tenir à l'écart qu'on se rend compte à quel point c'est important de se sentir entouré. 

Je crois que cette quarantaine nous place face à nous même.  On a la chance dans cette adversité de se questionner à savoir ce que sera la suite de notre vie. Comment la mener, quoi en attendre, comment y participer. C'est un chemin de transformation qui se dessine et nos défis sont de grandes opportunités si on sait comment les surmonter.
 xx Julie    



Commentaires

  1. Salut Julie, je crois que tu n’es pas la seule qui vie cette affreuse sensation. Pour ma part ce n’est pas l’ennui qui me tue, mais l’angoisse de ne pas être préparé.

    Que va-t-il m’arriver si ça arrive, ou ça et pire, ça ! Alors, je prends une grande respiration et je mets mon cerveau en mode solution. Je me prépare des scénarios et ça me calme. Je me sens préparé (pour ce qui en est) et ça me fait du bien (ça doit être le même sentiment que d’acheter du papier de toilette).

    À savoir ce qui sera la suite de notre vie, j’espère qu’elle nous aura appris une leçon. Pour moi oui, mais pour le reste, j’ai des doutes… Nous sommes facilement attirés par le «côté obscur» et la facilité. Il faut vraiment être déterminé pour vouloir changer. Et changer c’est difficile…

    Je te souhaite de retrouver ta créativité et ta spontanéité. XxX

    P.

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